Pas de plan de redressement, pas d'argent. On comprend la m�fiance dont a fait preuve le Congr�s am�ricain vis-�-vis des suppliques des constructeurs automobiles am�ricains, quand ils sont venus r�clamer 25 milliards de dollars d'aide pour les sauver de la faillite. Le fait que Rick Wagoner, Alan Mulally et Robert Nardelli, respectivement patrons de General Motors, Ford et Chrysler, aient d�barqu� � Washington de leur Detroit d'origine, chacun dans son jet priv� n'a sans doute pas fait tr�s bonne impression � Nancy Pelosi, la pr�sidente d�mocrate de la Chambre des repr�sentants. Lundi 24 novembre, Barack Obama, le pr�sident-�lu, a fait d'une restructuration convaincante de l'automobile, �pine dorsale de notre industrie, le pr�alable � une aide publique.
Les Big Three ont pourtant aff�t� leurs arguments. M. Wagoner a parl� d'un co�t social catastrophique, �voquant la disparition de 3 millions d'emplois en cas de faillite. Selon Deutsche Bank, un tel sc�nario ferait grimper le taux de ch�mage am�ricain � plus de 8 % (contre 6,5 % en octobre) ! La gravit� de la situation n'a pas �chapp� aux membres du Congr�s. Mais ils ne sont pas plus pr�ts que M. Obama � faire un ch�que en blanc � des entreprises, qui n'ont gu�re d�montr� leur capacit� � se transformer pour survivre.
Depuis dix ans, alors que les difficult�s se sont accumul�es, les Big Three ont brill� par leur arrogance. Pas un seul Salon de Detroit, pas une seule conf�rence de presse, sans que les dirigeants de GM, Ford ou Chrysler mart�lent un discours l�nifiant sur le bien-fond� de leur strat�gie. En proposant des v�hicules toujours plus gros, toujours plus agressifs, toujours plus polluants, ils n'ont pas senti l'av�nement d'une nouvelle �re automobile. La note de cet aveuglement est sal�e : GM a perdu 72,5 milliards de dollars depuis 2005 et Ford plus de 24 milliards depuis 2006 !
t ils n'en ont toujours pas tir� les le�ons. Ce qui nous expose � la d�faillance aujourd'hui n'est pas notre gamme de v�hicules ni notre mod�le �conomique, et encore moins notre strat�gie � long terme, mais la crise financi�re mondiale, qui a s�rieusement ass�ch� l'acc�s au cr�dit et r�duit les ventes (automobiles) � leur plus bas niveau depuis la seconde guerre mondiale, a plaid� M. Wagoner devant le Congr�s. En fait, la crise financi�re a bon dos pour les Big Three. Car les difficult�s ne datent pas d'hier comme l'indique la d�gringolade de leurs parts de march� depuis deux d�cennies. Leurs tentatives pour ralentir l'h�morragie � coups de rabais sur leurs v�hicules et de cr�dits gratuits n'ont fait qu'entretenir l'illusion qu'il existait une demande pour leurs mod�les de voitures.
Depuis trois ou quatre ans, GM et Ford ont combl� une bonne partie de leur retard face aux Japonais en termes de productivit� et de qualit�. Cet effort, n�cessaire, n'a pas �t� suffisant pour reprendre la main sur une client�le qui leur �chappait. Enfin, last but not least, les constructeurs am�ricains ont trop tard� � r�former un syst�me de retraites et de d�penses de sant� de leurs salari�s qui p�se lourdement sur leurs co�ts. Le d�savantage comp�titif avec les constructeurs japonais s'�l�ve en moyenne � 1 400 dollars par voiture. Un accord avec les syndicats a �t� conclu en 2007 pour les d�barrasser de ce fardeau. Mais ses premiers effets ne sont pas attendus avant 2010. Il n'est pas s�r qu'� cette �ch�ance GM, Ford et Chrysler soient encore en vie.
Les constructeurs am�ricains ont multipli� les licenciements et les restructurations. Mais, sans doute par souci de prot�ger leurs actionnaires, ces plans n'ont jamais �t� accompagn�s d'augmentations de capital. Les Big Three ont perdu sur les deux tableaux. Ils ressortent de la p�riode exsangues pour n'avoir pas lev� les capitaux qui aujourd'hui leur font d�faut et leurs actionnaires se retrouvent ruin�s. Dans ce contexte, il n'est pas �tonnant d'entendre la sentence de l'ex-candidat � l'investiture r�publicaine � la Maison Blanche, Mitt Romney : Les constructeurs vont rester sur la m�me voie, une voie suicidaire faite de parts de march� en d�clin, de contraintes salariales insurmontables, d'une atrophie technologique et de produits inf�rieurs et de pertes d'emplois sans fin.
UN AUTRE MOD�LE �CONOMIQUE
D�s lors comment r�soudre l'�quation qui consiste � sauver l'automobile am�ricaine, sans donner l'impression aux contribuables de jeter 25 milliards de dollars � la mer ? En pr�alable, les constructeurs doivent proposer un autre mod�le �conomique. Un groupe comme GM n'a sans doute plus les moyens de g�rer treize marques, d'�tre pr�sent � n'importe quel prix aux quatre coins du monde et doit rapidement adapter ses d�penses au niveau de ses ventes et surtout ses produits aux demandes des consommateurs.
Ce changement de dimension n�cessite des hommes nouveaux. On voit mal comment un management � bout de souffle peut insuffler ce nouvel �lan. Cela sous-tend aussi un changement de gouvernance. Le conseil d'administration de GM, compos� pour une bonne part de patrons de grandes entreprises am�ricaines � la retraite, n'a fait preuve, ces derni�res ann�es, ni de clairvoyance ni de vigilance. On l'a vu lors de la tentative de rapprochement avec GM lanc�e en 2006 par Carlos Ghosn. Le PDG de Renault-Nissan promettait une dizaine de milliards d'euros de synergies pour les deux groupes. Avec morgue, M. Wagoner avait convaincu son conseil que GM pouvait se d�brouiller seul et que sa strat�gie porterait ses fruits � partir de 2007. Peut-�tre qu'un rapprochement avec Renault-Nissan n'�tait pas la solution id�ale, mais on voit o� les solutions de M. Wagoner ont men�.
Gouvernance, toujours � propos de Ford. La famille du fondateur n'est propri�taire que de 6 % du capital mais d�tient 40 % des droits de vote. Une remise � plat avant de mettre le premier dollar d'argent public ne serait pas surperflue. Le cas de Chrysler est encore plus d�licat. Le constructeur est d�tenu par un fonds, dont le m�tier a �t� de gagner de l'argent avec des m�canismes qui ont aliment� la crise financi�re, ce qui suscite des r�ticences de la part du Congr�s. D'autant que le fonds en question, Cerberus, est dirig� par John Snow, qui n'est autre que le pr�d�cesseur de Henry Paulson � la t�te du Tr�sor am�ricain. L� encore, il faudra convaincre de voler au secours de quelqu'un issu d'une administration qui n'est pas exempte de tout reproche dans la crise actuelle. Avant de sortir son carnet de ch�ques, le Congr�s a bien raison d'y regarder � deux fois
constructeurs am�ricains ont multipli� les licenciements et les restructurations. Mais, sans doute par souci de prot�ger leurs actionnaires, ces plans n'ont jamais �t� accompagn�s d'augmentations de capital. Les Big Three ont perdu sur les deux tableaux. Ils ressortent de la p�riode exsangues pour n'avoir pas lev� les capitaux qui aujourd'hui leur font d�faut et leurs actionnaires se retrouvent ruin�s. Dans ce contexte, il n'est pas �tonnant d'entendre la sentence de l'ex-candidat � l'investiture r�publicaine � la Maison Blanche, Mitt Romney : Les constructeurs vont rester sur la m�me voie, une voie suicidaire faite de parts de march� en d�clin, de contraintes salariales insurmontables, d'une atrophie technologique et de produits inf�rieurs et de pertes d'emplois sans fin.
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